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le blog du livre le plus utile pour les familles de malades atteint de maladie d'Alzheimer "Alzheimer, mode d'emploi"

11 Sep

Comment prédire ou éviter de devenir Alzheimer ?

Publié par neurope

Alzheimer, Alzheimer, Alzheimer... extrait du livre
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Comment prédire la maladie ou éviter de devenir Alzheimer ?

Un jeune, riche et beau vizir, le type d’homme à qui tout réussi, sur un marché de Bagdad, par un jour comme les autres, croise une belle femme au visage livide qu’il identifie aussitôt : c’est la Mort. Bizarrement, elle le fixe avec une impression de grande surprise. Terrorisé, notre homme saute sur son meilleur cheval et s'enfuit vers Samarkande pour s’y cacher. Aux portes de la ville…la Mort l'y attend et vient à sa rencontre en lui expliquant qu'elle avait été surprise de l’avoir rencontré à Bagdad car il était écrit qu'ils avaient « rendez-vous à Samarkande ».

Ce conte philosophique, « Quand la Mort vint à Bagdad », œuvre du IXème siècle du sage Soufi (secte musulmane réputée pour sa tolérance) et ancien bandit Fudail ibn Ayad (extrait de son Hikayat-i-Naqs) est une belle et tragique allégorie du destin, version ancienne de notre moderne « tout est écrit depuis la naissance…dans les chromosomes ».

La maladie d'Alzheimer est-elle pure fatalité, un effet du destin cruel et aveugle, ou peut-on espérer l’éviter en repérant des facteurs de risques ? Est-elle inscrite dans nos gènes, et si oui de quelle manière : aléatoire ou héréditaire ?

Mettre en évidence des facteurs favorisant la survenue de la maladie d’Alzheimer (appelés « facteurs de risque ») aurait un intérêt évident si on pouvait agir sur eux. Ainsi, je peux limiter le risque d’avoir un infarctus si je ne fume pas et ne boit pas d’alcool. Je peut faire surveiller mon colon par une coloscopie tous les ans (dépistage) si, dans ma famille, il y a eut des cancers de cette partie du tube digestif et ainsi traiter tôt.

Pour la maladie d'Alzheimer le problème est nettement plus ardu…

Le facteur de risque le plus évident est…l'âge, dont le rôle est démontré dans toutes les études. On ne peut ni stopper ni ralentir le temps qui passe. Un patient Alzheimer débutant à qui je fis cette remarque, de retour chez lui brisa au marteau toutes les horloges, montres et réveils. C’est une méthode…

« Attendu que le seul facteur de risque de la maladie est l’age, le tribunal ici réuni, vous condamne à rester jeune ». Et pourquoi pas ? Il se dit que la mouche du vinaigre dont les généticiens tripatouillent certains chromosomes reste jeune pendant 3 fois sa durée de vie théorique…si la réincarnation existe faut-il rêver d’être mouche du vinaigre génétiquement modifiée ? Quelques généticiens farfelus tenteront-ils le blocage de l’horloge chromosomique chez l’homme ?

L’autre facteur de risque mis en évidence est un « facteur de susceptibilité génétique ». En ce début de troisième millénaire, les thérapies géniques ne sont pas encore au point. On rejoint l’idée du destin…l’horloge biologique, dès la naissance, inscrit, pour chacun, un devenir différent dans nos chromosomes, mais ce devenir quoique chromosomique n’est pas (ou rarement) transmis par hérédité.

On traque d’autres facteurs potentiels mais pour l’instant ces suspects ne sont pas des coupables avérés, comme le montrent les résultats contradictoires des études. Par exemple, on a pu lire des articles « démontrant » le rôle protecteur des hormones ou du tabac…et le résultat contraire quelques mois plus tard !

La sagesse dicte d’attendre plusieurs études indépendantes, ayant des résultats nets et concordants avant d’essayer modestement de conclure. Hélas, certaines revues non médicales attirent les lecteurs par des annonces spectaculaires faisant fi du recul critique avec lequel on doit traiter toute nouveauté avant de la déclarer vraie.

Quels sont les facteurs de risque supposés?

Génétique :

Combien de fois n’ai-je entendu l’angoissante question : « Ma mère a la maladie d'Alzheimer, est ce que je risque de l’avoir ? ».

L’immense majorité des maladies d’Alzheimer sont dites « sporadiques », c’est à dire qu’il n’y a aucune hérédité, aucun risque de transmission des parents aux enfants.

Dans de rares cas on a mis en évidence des facteurs génétiques transmissibles. Les chercheurs distinguent les formes vraiment « héréditaires » et les formes où l'on met en évidence un « facteur de susceptibilité » génétique.

Un gène est un morceau de chromosome qui porte les informations pour fabriquer une protéine, ce sont les gènes qui sont responsables de nos caractéristiques comme par exemple la couleur des yeux. L’être humain a 23 paires de chromosomes différents, qu’on identifie par des numéros.

Les formes « héréditaires »

Les maladies d'Alzheimer familiales, héréditaires, sont très rares. Elles débutent souvent avant 65 ans. Un enfant sur deux est atteint.

On a démontré la responsabilité de plusieurs gènes: l’un est situé sur le chromosome 21 responsable de la synthèse du précurseur de la protéine amyloïde, un autre (préséniline 1) sur le chromosome 14 et un troisième (préséniline 2) situé sur le chromosome 2. Tout ceci est très technique mais rassurez vous la plupart des médecins qui l’ont appris n’ont pas tout compris…ce qui n’est pas nécessaire pour bien vous soigner car c’est un savoir purement théorique, sans application pratique.

Les anomalies sur ces trois gènes n'expliquent que la moitié des formes familiales. On ignore encore tout des gènes qui sont responsables de l’autre moitié des formes familiales, mais chaque jour on en trouve d’autres…

Le « facteur de susceptibilité » génétique

La « susceptibilité génétique » est moins rare : elle augmente (mais assez peu) le risque d’avoir la maladie si un parent l’a. Il ne faut donc pas s’affoler si c’est le cas.

Pour ces « facteurs de susceptibilité génétique », la situation est très complexe. La principale mutation concerne un gène (sur le chromosome 19) qui « code » (responsable de sa synthèse) pour une protéine intervenant dans le métabolisme des lipides (graisses): l'apolipoprotéine E (apoE). Ce gène peut apparaître sous trois formes (trois « allèles ») E2, E3 et E4. Ce gène préside donc à la synthèse de trois formes différentes d'apoE. C’est le couple E2/E4 qui entretient le plus de rapports antagonistes.

E4 serait facteur de risque de la maladie d'Alzheimer (chez les « blancs ») et E2 serait protecteur.

Mais E4 est aussi incriminé dans d'autres maladies, telles que les démences vasculaires, la maladie de Creutzfeldt Jacob... et en dehors de la neurologie E4 serait associé à une élévation du cholestérol et à un accroissement des risques d'infarctus du myocarde et d'accident vasculaire cérébral. E2 est associé à une diminution de ces risques.

Pour un sujet n’ayant aucun signe d’Alzheimer, compte tenu des incertitudes sur la valeur prédictive de développer plus tard la maladie s’il est « apo E4 positif », ce « test » n'est pas justifié chez les enfants ou frères et sœurs des patients. On risque de les affoler sans raison si on trouvait le « méchant apo E 4 » ou de les rassurer faussement si on les classait dans les « gentils E2 ».

Pour toutes ces raisons, la génétique reste du domaine de la recherche fondamentale et n’a pas d’application dans « la vie courante ». Les mécanismes biologiques pouvant sous-tendre le rôle de l'apoE sont multiples et restent pour la plupart mal compris. L'un de ces mécanismes serait lié au rôle essentiel de l'apoE dans la régénération cellulaire du tissu cérébral. On évoque aussi (sans preuve définitive) les propriétés antioxydantes, la modulation des processus inflammatoires etc…

Le niveau d'éducation :

Le bas niveau d'éducation est souvent cité comme déterminant dans la survenue d'une maladie d'Alzheimer. Les tenants de cette hypothèse disent qu'au-delà de l'influence des facteurs socioculturels et économiques (dont on sait l'influence sur l'état de santé en général), le niveau intellectuel préalable jouerait un rôle protecteur vis-à-vis de la détérioration intellectuelle. Tout se passerait « comme si » un haut niveau (expression, vocabulaire...) rendait les « intellectuels » moins exposés à développer la maladie ou retardait la dégradation. La critique qu’on peut leur faire est que le niveau de dégradation est jugé sur des tests qui tiennent peu compte du niveau d’études préalable (ou d’une manière un peu « arbitraire »). On peut ainsi avoir la fausse impression que le patient qui échoue aux tests est dégradé alors qu’il a « toujours » eut des difficultés dans ce type d’activité... L’universitaire de haut niveau, l’avocat, l’ingénieur sont infiniment plus habitués à passer des tests. En tout cas, ceci rassure les chercheurs qui se classent parmi les plus « éduqués » donc les mieux « protégés »…

Dans mon expérience, j’ai été amené à soigner toutes sortes de patients : des universitaires, quelques diplomates (dont un fondateur d’une Organisation internationale fort connue), des artistes, des ingénieurs, un écrivain (très spirituel) et le spécialiste d’un prophète (qui n’avait pas vu venir sa maladie), le conservateur d’un musée et de nombreux avocats, médecins, industriels et autres…mon impression (mais il ne s’agit pas d’une certitude étayée scientifiquement) est que ces honorables malades avaient gardé de grandes capacités à faire illusion…y compris sur les tests et les « testeurs ». Par exemple leur niveau culturel rend inopérant le calcul mental du MMS (voir plus loin) en tant qu’épreuve d’interférence, alors qu’un agriculteur -qui a toujours eut des difficultés en calcul- était si perturbé qu’il ne pouvait qu’oublier les fameux 3 mots du MMS. Il perdait 8 points là où notre universitaire n’en perdait au plus qu’un ou deux. Pourtant, notre agriculteur continuait à être bien adapté à son environnement alors que le docte patient ne savait plus rien faire chez lui. Peut être faudrait il tester les intellectuels devant une table de menuisier ? Malheureusement, les « faiseurs de tests » sont rarement des menuisiers…

Le tabac

Les enquêtes statistiques en font tantôt un toxique violent tantôt un neuroprotecteur…les survivants au cancer du poumon, du larynx, à l’infarctus du myocarde, à l’insuffisance respiratoire chronique, feront plus aisément de multiples accidents vasculaires cérébraux, donc des démences artériopathiques.

L’alcool

Le rôle protecteur d’une consommation modérée d'alcool a été avancé surtout par l’étude PAQUID dont on espère qu’elle n’est pas entachée de partialité du fait qu’elle est menée dans la région de…Bordeaux. Il est suggéré que ce résultat est en harmonie avec l'influence favorable sur la survenue des maladies vasculaires liée aux propriétés antioxydantes de l'alcool à très faibles doses (il inverse ses effets à des doses plus élevées). Nous déconseillons pourtant la prise d’alcool, y compris des meilleurs vins, aux patients chez qui la maladie est « déclarée » : de faibles doses sur un cerveau « abîmé » peuvent engendrer des épisodes confusionnels. Par ailleurs aucun anti-oxydant n’a jamais démontré formellement une action neuro-protectrice (American Academy of Neurology-2004).

L'aluminium

Une publication récente suggère l'existence d'une relation statistique entre l'exposition à des doses élevées d'aluminium dans l'eau et la survenue de maladie d'Alzheimer. Les auteurs de cette publication précisent que ces résultats sont à prendre avec prudence, que de nouvelles études sont nécessaires pour éliminer des causes d'erreurs et de biais statistiques. L’aluminium est depuis longtemps suspecté sans preuve. Vu sa large utilisation depuis tant d’années, s’il s’agissait d’un vrai facteur de risque il est probable qu’on n’en serait plus a discuter sur sa culpabilité.

Les autres métaux

D'autres facteurs environnementaux (zinc, plomb) sont régulièrement étudiés depuis fort longtemps, avec des résultats contradictoires…

Les hormones

Elles sont étudiées aux fins d’envisager des actions de prévention sur une large population.

Il s’agit surtout des oestrogènes.

Ces traitements ont des effets secondaires discutés ou réels (cancer du sein, féminisation des hommes) et leur prescription à titre préventif ne serait éthique que si un effet protecteur net était affirmé. Or aucune des nombreuses études menées ne l’a jamais démontré formellement.

Une étude américaine (juin 2004) publiée dans le « journal de l'Association médicale américaine » montrerait au contraire que la prise d'œstrogène chez les femmes ménopausées pourrait augmenter le risque de maladie d'Alzheimer. Mais, un des auteurs, le Dr Rapp, module le propos en exprimant que « ces résultats ne sont pas significatifs, le nombre de femmes inclues dans cette étude (3000 de 65 à 79 ans) étant trop faible ».

Ces opinions opposées devraient s’affiner, dans un sens ou dans l’autre, dans les prochaines années grâce au suivi des femmes recevant des traitements hormonaux substitutifs (contre l’ostéoporose) depuis plusieurs décennies.

La DHEA, sans être une hormone est un précurseur, le matériau avec lequel l’organisme va fabriquer les hormones mâles. Une large étude a montré qu’elle n’avait aucune action sur la maladie d’Alzheimer, même en prévention.

Les anti-inflammatoires

Le rôle protecteur supposé des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) s’appuie sur de rares travaux suggérant un facteur inflammatoire dans l’apparition des plaques séniles. La confirmation se fait attendre. Les effets secondaires des AINS pris tous les jours et « à vie », n’autorisent pas une prévention systématique.

L'hypertension artérielle

L'hypertension artérielle (HTA) aggrave les signes de la maladie d'Alzheimer et pour certains, pourrait en être une des causes. Des études ont suggéré que le traitement de l'HTA diminue le risque de maladie d'Alzheimer sans que l'on sache si le résultat est lié à l'effet direct des médicaments ou au contrôle de l'HTA. On peut objecter que toute souffrance cérébrale, dont celle lié à l’HTA ou à l’artériopathie qui en résulte, rend plus « visibles » les signes de l’Alzheimer. Faut-il attribuer tous les déficits à la maladie ou envisager l’HTA comme facteur d’une démence vasculaire surajoutée (ou d’un bas débit sanguin cérébral)? En toutes hypothèses le traitement de l’HTA s’impose …et si rien ne s’y oppose pourquoi ne pas envisager de faibles doses d’aspirine (anti-agrégant, fluidifie le sang) ?

Les carences en certains éléments alimentaires…

On en dira un mot plus loin, mais l’omega3 , et tous les anti-oxydants, manqueraient chez tout le monde or tout le monde ne fait pas un « Alzheimer ».

Le stress

Vie calme ou agitée, heureuse ou non, anxieuse ou paisible…rien ne joue pour éviter ou favoriser la maladie d'Alzheimer !

Conclusions

Pour conclure, il faut raison garder et ne pas prendre pour vérité démontrée ce qui n’est qu’un résultat « ponctuel » de peu d’études, qui ne tiennent pas compte des études aux résultats contraires, et sont en général menées sur trop peu de patients et pendant une trop courte durée. Leurs résultats, quand ils vont à l’appui d’une hypothèse, sont toujours très peu nets et il faut le talent des statisticiens pour montrer de toutes petites différences qui n’apparaissent pas comme des évidences.

Concernant les oestrogènes, l’HTA, le tabac, l’aluminium, les anti-inflammatoires, les anti-oxydants et autres facteurs aussi « communs », si leur effet avait été nettement marqué, le simple bon sens nous dit qu’on l’aurait remarqué depuis longtemps…peut-être faut il explorer des voies moins « conventionnelles » ?

Des publications récentes suggèrent, sans certitude, que la maladie d'Alzheimer pourrait résulter de plusieurs causes: elle associerait plusieurs mutations génétiques à d'autres facteurs appelés « environnementaux ». Aucun de ces facteurs pris isolément ne suffirait à déclencher la maladie mais chacun des facteurs de risque pourrait faire l'objet d'une prévention. Ces hypothèses « associatives » pourraient aussi masquer notre grande ignorance des vraies causes…

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